Les réseaux sociaux n’ont plus rien de « social » et au fond, vous le savez déjà.
Un article long mais facile à lire et percutant, merci Anne Pedron-Moinard pour le partage. En soi, rien de profondément nouveau pour moi, mais de bons rappels et surtout, une manifestation de plus qu'on atteint collectivement un « âge de raison du numérique ». Et ce qu'on soit technophiles, technocritiques, plus ou moins libéraux, de gauche ou de droite.
Quelques passages et notes :
Meta a d'ailleurs admis en justice, et c'est un aveu qui mérite qu'on s'y arrête, que seulement 7% du temps passé sur Instagram concerne des échanges entre amis et proches. Le reste, 93%, est du visionnage de contenus recommandés par l'algorithme. Formulé comme ça, ça sonne comme un argument militant. Mais vous aurez compris que j’ai été l’un des « early adopter » et « évangéliste » de ces plateformes. C'est simplement ce que Meta a admis devant un tribunal.
La réalité, c'est que les réseaux sociaux ne sont plus des réseaux sociaux. Ils sont devenus des plateformes de divertissement algorithmique qui ont conservé le nom et quelques fonctionnalités sociales pour maintenir l'illusion que vous y êtes pour rester en contact avec vos amis. Comme une télévision qui vous permettrait aussi d'envoyer des messages et qui insisterait pour que vous la nommiez "outil de communication".
Je vais vous dire quelque chose que je n'ai jamais vraiment formulé aussi directement. Je suis fatigué. Pas d'une fatigue aiguë, spectaculaire mais une fatigue sourde, vous voyez ? C’est celle qu'on ressent quand on fait quelque chose depuis longtemps mais que le plaisir s’est échappé depuis longtemps.
Un autre sujet adjacent, c’est que durant ces 20 années, j’ai développé une grosse addiction aux écrans et je ne vais pas vous raconter des histoires là-dessus. Mais j'arrive à un âge et à un moment de ma vie où je réalise que cette addiction me coûte quelque chose de précis : du temps que je pourrais passer à créer des choses qui ont du sens, à avoir des conversations qui comptent, à être présent dans ma vie réelle plutôt que dans sa version numérique.
L'idée est simple : face au bruit, à la publicité, au trolling, à la surveillance algorithmique, les utilisateurs se retirent progressivement des espaces publics numériques. Ils ne quittent pas internet mais ils se réfugient dans ses recoins privés. Les messageries instantanées (WhatsApp, Signal, iMessage). Les serveurs Discord fermés. Les groupes Telegram de niche. Les Substacks en accès restreint. Les dîners avec des amis où les téléphones restent dans les poches voire dans une boite dédiée. Ce mouvement est massif, silencieux, et profondément rationnel.
Se retirer des espaces publics numériques, c'est un luxe que tout le monde ne peut pas se permettre. La visibilité reste un prérequis du pouvoir politique. On ne peut pas s'organiser dans l'ombre. On ne peut pas déplacer les lignes depuis un dîner privé auquel personne n'est invité. Pour les communautés marginalisées, les minorités, ceux qui dépendent de leur présence en ligne pour exister politiquement ou économiquement, disparaître des réseaux n'est pas une option. C'est un privilège de ceux qui ont déjà des réseaux humains solides, une réputation établie, une sécurité économique suffisante pour s'en passer.
Je crois que l'âge des réseaux sociaux tels qu'on les a connus est révolu. Ce qui vient après, je ne sais pas exactement ce que c'est. Mais j'ai une intuition : ça ressemblera davantage à la soirée de Fanny Bouton en 2006 qu'à un feed Instagram de 2025.
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J'avais zappé cet article, passionnant
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J'avais pas vu passer cet article. Je me demande ce qu'en pensent les expert·es cybersec ici :) Sur le principe ça me semble vraiment pas mal comme idée, le fait d'utiliser France Identité pour vérifier l'âge des internautes lors de la création d'un compte sur un RS (si tant est qu'on veut interdire à une classe d'âge, je n'ai toujours pas un avis très clair sur cette question).
Alternative Social Media Network
Founded in 2025, The Network of Alternative Social Media Researchers is an international collective of academics who study the cultures, technologies, and practices of non-corporate social media.
[Tuto] Comment limiter son temps d’utilisation des réseaux sociaux ?
Et sinon, on peut aussi supprimer ses comptes totalement ;)
Anne Cordier : "La question n’est pas avec ou sans téléphone mais comment apprendre à vivre, travailler et s’informer avec"
Ça faisait un moment que j'avais cet article dans ma to-read, c'est chose faite. Je ne suis pas encore tout à fait clair sur ce sujet des réseaux sociaux, si ce n'est qu'il faut de la nuance, et voilà un article assez long et nuancé, ça fait plaisir. Pour se forger une opinion, quitte à penser un peu contre soi-même :)
TikTok n’est pas Matlab : le profilage algorithmique ne relève ni de l’éducation, ni de l’émancipation | by Jean-Lou Fourquet | Jan, 2026 | Après La Bière
Pourquoi il ne faut pas interdire les réseaux sociaux aux moins de 15 ans (mais réfléchir à interdire CNews aux adultes avec le droit de vote). – affordance.info
29 % des articles scientifiques à propos des réseaux sociaux oublient leurs liens d’intérêt - Next
Ce n' est aucunement étonnant, et ça devrait être bien pris en compte par le camp « technorassuriste » dans les débats actuels sur les réseaux sociaux...
Commission d’enquête TikTok : le rapport étrille une plateforme « à l’assaut de la jeunesse » et formule 43 recommandations [€]
Si la commission salue « l’étonnante clairvoyance d’une partie des mineurs » sur le sujet, elle note que même les plus lucides peinent à se détacher de TikTok et qu’un usage « initialement raisonnable peut très rapidement glisser vers une consommation excessive, problématique et finalement dangereuse ».
Le numérique, c'est politique ! - Numérikoff - Libre à lire !
Excellent :)
The Revenge of the Home Page | The New Yorker
Un signal faible super rassurant sur le regain d'intérêt des gens pour des médias qui investissent VRAIMENT sur leur site, au lieu d'investir sur les seuls réseaux sociaux (dominants, et toxiques)