L’esprit du capitalisme numérique – sur les discours néoréactionnaires de la tech - AOC media
Sébastien Broca s'inscrit donc dans la même réflexion qu'O. Alexandre sur le statut à donner aux producteurs de discours néoréactionnaires US. « La première question à se poser est celle du statut devant être accordé aux écrits néoréactionnaires et techno-libertariens, ainsi qu’à leurs producteurs »
Notes de lecture
Peut-on donc considérer comme une contre-culture une nébuleuse qui compte dans ses rangs certains des acteurs les plus puissants de la Silicon Valley ? Je n’en suis pas convaincu.
Moi non plus ^^
Les discours néoréactionnaires et techno-libertariens peuvent ici jouer comme un écran de fumée. On leur attribue une valeur descriptive et explicative pour comprendre les bouleversements en cours, alors qu’ils obscurcissent souvent les dynamiques à l’œuvre.
L’attention accordée à ces discours relève à mon sens trop souvent de ce que j’appelle – en reprenant l’expression au chercheur Lee Vinsel – une « criti-hype ». J’entends par là un discours critique qui participe paradoxalement à renforcer le cadrage promu par l’esprit du capitalisme. Pour le dire de manière plus précise, la « criti-hype » formule une opposition normative aux propos qu’elle critique, tout en validant ces mêmes propos du point de vue descriptif. C’est ce qui se passe lorsqu’en s’alarmant des visions techno-libertariennes diffusées par un pan de la Silicon Valley, on accrédite en même temps l’idée que ces visions offriraient une description adéquate du monde qui est le nôtre.
Qu’on me comprenne bien, mon propos n’est pas d’affirmer que les idées n’ont pas d’importance. Il est de souligner que cette importance ne peut être comprise indépendamment des structures sociales où les idées émergent et se déploient. Il appartient, me semble-t-il, aux chercheurs et chercheuses en sciences sociales de le rappeler et aux journalistes de le documenter.